Le pari axiologique de Google – par un consultant en référencement

 

une analyse axiologique de Google par un consultant en référencement

 

 

Qu’essaie de faire Google, et tout moteur de recherche normalement constitué, sinon essayer de déterminer la valeur des sites existants, afin d’en dresser une hiérarchie sur un mot-clé donné ? 
Le travail d’un moteur de recherche a donc fondamentalement des implications axiologiques...

 

L’axiologie est le nom qui a été donné, dès le XIXème siècle, à la science des valeurs, ou du moins à la discipline qui a pour objet la notion de valeurs. Y a –t-il des valeurs objectives ? Toute valeur n’est-elle que subjective ? Que penser du relativisme ou du nihilisme ? Voilà des questions que cette discipline, encore peu connue, soulève et s’efforce de traiter, et qui a éveillé l’intérêt de votre référenceur freelance favori.

Ce qu’il y a d’intéressant c’est que cette discipline, qui a pour l’instant fait l’objet de la considération de philosophes ou de sociologues, se voit repensée à nouveaux frais avec Google. En fait, un moteur de recherche propose une réponse algorithmique à la question axiologique : « comment déterminer la valeur d’une chose ? ».

Ou encore : Google essaie d’établir par un algorithme la valeur d’une chose (ici d’un site). Ce pari est-il possible, ou est-il voué à l’échec, la valeur ne se laissant pas saisir par un algorithme, et de manière générale, par un calcul ? La valeur d’une chose peut-elle être calculée ? Peut-on déterminer scientifiquement, mathématiquement, la hiérarchie des choses ?

Voici l’ensemble des questions impliquées dans la mise au point d’un moteur de recherche.

Ce qu’il y a de problématique, c’est qu’il semble dans de nombreux cas qu’il n’y ait pas de supériorité d’un site sur l’autre sur un mot-clé donné. Prenons par exemple le mot-clé « assurances ». Tous les sites d’assurance ont une égale légitimité à apparaître sur ce mot-clé ! Pourtant, il va bien falloir faire un choix. Il va donc falloir mettre au point des critères très fins d’estimation de la valeur, afin de pouvoir dresser une telle hiérarchie.

D’où les 200 facteurs que Google indique entrer dans la composition de son algorithme. D’un point de vue axiologique (au sens proprement philosophique), chacun de ces critères peut être remis en question. Par exemple, il semble que pour Google plus un site est actualisé fréquemment, mieux il sera positionné. Or on peut se demander si la valeur d’une chose ne tient pas plutôt à son caractère stable. Par exemple, ce qui a consacré les Tables de la loi comme une chose digne d’intérêt, c’est son caractère définitif, éternel, gravé dans le marbre !

De la même manière, Google privilégie les sites qui reçoivent une grande quantité de liens. A privilégier ainsi ce dont tout le monde parle, Google privilégie plutôt les sites qui font le buzz, plutôt que les sites qui ont un réel contenu (et qui constituent souvent ce qu’on appelle le « web invisible », ou « web profond »). Bref, la provocation ou l’humour (qui attirent souvent plus de réactions) sont privilégiées par rapport à la profondeur. Tout freelance en référencement a créé sur son site un article polémique pour essayer d’attirer le maximum de retweets !

Le génie de Google est probablement d’avoir pondéré chacun de ces facteurs, qui pris individuellement sont discutables, par des centaines d’autres, ce qui fait que l’on débouche sur une estimation statistiquement pertinente de la valeur d’un site.

Dans ce jeu de Google avec la valeur, le consultant en référencement vient s’intercaler. Il est le grain de sable dans l’algorithme, celui qui vient donner de la valeur, une sorte de démiurge ! Jouant sur tels ou tels facteurs de l’algorithme, il vient modifier le site de manière à le faire monter dans la hiérarchie des trois premières pages de résultats. S’il est black hat, il vient, au sens philosophique, brouiller toutes les valeurs, réaliser la « transmutation des valeurs » dont parle Nietzsche dans le Crépuscule des Idoles !

La réponse à la question soulevée : « peut-on déterminer par un algorithme la valeur de quelque chose ? » est donc négative, parce que le référenceur est celui qui vient altérer le calcul, en jouant avec le calcul.

L’utilisation probable de « quality raters » montre d’autre part qu’un algorithme ne suffit pas et que l’homme reste essentiel pour vérifier la valeur d’une chose.

Enfin, un calcul qui intègre un ensemble de facteurs toujours changeants ne peut que permettre de s’approcher, peu à peu, de la vérité. Ce progrès infini vers la valeur d’une chose, c’est là le pari d’un moteur de recherche et ce qui en fait le caractère fascinant. 

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